Un encadrement renforcé des dispositifs de surveillance
Le 20 mars 2026, la CNIL a précisé sa position sur l’utilisation des dispositifs de captation sonore associés à la vidéoprotection.
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte de développement des technologies de surveillance, notamment dans les lieux ouverts au public. Elle vise à rappeler un principe fondamental : la captation du son constitue une atteinte particulièrement forte à la vie privée, nécessitant un encadrement strict.
Pour les entreprises et organismes concernés, cette clarification impose une vigilance accrue dans le déploiement de leurs dispositifs de sécurité.
Un principe clair : l’interdiction de l’enregistrement sonore couplé à la vidéoprotection
Le cadre juridique applicable repose notamment sur le Code de la sécurité intérieure, qui interdit expressément l’enregistrement sonore dans le cadre des systèmes de vidéoprotection.
Cette interdiction s’explique par la nature intrusive de la captation audio. Contrairement à l’image, le son permet d’accéder directement au contenu des échanges, ce qui porte une atteinte significative aux libertés individuelles.
La CNIL rappelle donc que le couplage automatisé entre vidéo et audio est prohibé. Il n’est pas possible d’installer un système qui enregistrerait simultanément images et sons de manière permanente ou automatique.
Une exception encadrée : les dispositifs distincts de captation sonore
La position de la CNIL ne ferme pas totalement la porte à l’utilisation de dispositifs de captation sonore. Elle admet qu’un dispositif distinct puisse être mis en place, sous des conditions particulièrement strictes.
Tout d’abord, ce type de dispositif ne peut être installé que dans des lieux ouverts au public, à l’exclusion de la voie publique. Cette restriction vise à limiter les atteintes aux libertés dans les espaces les plus sensibles.
Ensuite, le déclenchement de l’enregistrement doit être manuel. Il ne peut en aucun cas être automatisé ni permanent. L’activation doit rester ponctuelle et intervenir uniquement dans des situations spécifiques, notamment en cas d’agression.
La CNIL insiste sur le fait que ce déclenchement doit être effectué par une personne directement menacée, ce qui exclut les usages de confort ou de surveillance généralisée.
Une conservation strictement limitée des données
La question de la conservation des enregistrements constitue un autre point central de l’encadrement.
Les données audio ne peuvent être conservées que dans des situations d’incident avéré, et uniquement à des fins probatoires. En dehors de ces cas, les enregistrements ne doivent pas être conservés.
Cette limitation traduit la logique du RGPD, qui impose de ne collecter et conserver que les données strictement nécessaires à une finalité déterminée.
Toute conservation systématique ou préventive serait donc contraire aux exigences réglementaires.
Une obligation renforcée d’information des personnes
Comme pour tout dispositif impliquant des données personnelles, la transparence constitue une obligation essentielle.
La CNIL rappelle que les personnes concernées, qu’il s’agisse du personnel ou des usagers, doivent être clairement informées de l’existence du dispositif de captation sonore. Cette information doit porter sur ses modalités de fonctionnement, ses finalités et les droits dont disposent les personnes.
Cette exigence s’inscrit dans le cadre des obligations d’information prévues par le RGPD. Elle conditionne la licéité du traitement et participe à la protection des droits des individus.
La mise en place de procédures internes indispensables
Au-delà des aspects techniques, la conformité repose également sur l’organisation interne.
Les organismes doivent mettre en place des procédures précises encadrant l’utilisation du dispositif. Cela inclut notamment les conditions d’accès aux enregistrements, leur durée de conservation, ainsi que leur suppression.
La gestion des droits des personnes concernées doit également être prévue, afin de garantir l’exercice effectif des droits d’accès, de rectification ou d’opposition.
Ces éléments doivent être formalisés et intégrés dans une documentation conforme aux exigences du RGPD.
Un enjeu RH : formation et consultation des instances
L’utilisation de dispositifs de captation sonore soulève également des enjeux en matière de droit du travail.
La CNIL insiste sur la ضرورة de former le personnel à un usage strictement encadré du dispositif, afin d’éviter tout usage abusif. Cette formation est essentielle pour garantir le respect des règles et prévenir les dérives.
Par ailleurs, l’information et la consultation des instances représentatives du personnel constituent une étape préalable indispensable. Elles permettent d’assurer la transparence du dispositif et de prendre en compte les préoccupations des salariés.
Ce que les entreprises doivent retenir
Cette position de la CNIL rappelle que la mise en place de dispositifs de surveillance ne peut se faire sans une analyse approfondie des risques et des obligations juridiques.
L’utilisation du son, en particulier, est considérée comme hautement intrusive. Elle ne peut être justifiée que dans des cas exceptionnels et sous un encadrement strict.
Pour les entreprises, cela implique d’intégrer pleinement ces contraintes dès la conception des dispositifs, dans une logique de conformité dès la phase de projet.
L’intérêt d’un accompagnement en conformité RGPD
Face à la complexité de ces règles, l’accompagnement par un expert en protection des données permet de sécuriser les pratiques.
Un DPO externe peut intervenir pour analyser la légitimité du dispositif, définir les conditions de mise en œuvre et formaliser les procédures nécessaires. Il contribue également à assurer la conformité continue et à anticiper les risques de contrôle.
Dans un contexte de renforcement des exigences, cette approche permet de concilier sécurité des personnes et respect des libertés individuelles.
Conclusion : un équilibre entre sécurité et libertés
La position de la CNIL sur la captation sonore couplée à la vidéoprotection illustre la recherche d’un équilibre entre les impératifs de sécurité et la protection des droits fondamentaux.
Elle rappelle que certaines technologies, bien que techniquement accessibles, ne peuvent être utilisées sans encadrement strict. Pour les entreprises, l’enjeu est de s’assurer que leurs dispositifs respectent cet équilibre, sous peine de s’exposer à des risques juridiques significatifs.

